Vignerons

Le mot de Bernard Pivot / Vignerons

“Le Littré ne faisait pas de différence entre vignerons et viticulteurs : l’homme qui cultive la vigne. Le Petit Larousse et le Petit Robert distinguent le viticulteur, qui cultive la vigne, du vigneron qui, en plus, fait du vin. En conséquence de quoi, l’homme ou la femme qui apporte son raisin à une cave coopérative ou à un vinificateur serait un viticulteur ou une viticultrice, et non pas un vigneron ou une vigneronne.

Subtilités de chicaneurs ! Aujourd’hui, les professionnels de la vigne se revendiquent tous vignerons. On préfère ce mot, plus rond, plus sensuel, plus convivial, au rural viticulteur. Déjà Paul-Louis Courier signait ses pamphlets contre la Restauration “vignerons de la Chavonnière”. Ce n’était pas lui qui taillait et labourait. De sa vigne il n’était que le propriétaire-récoltant. Vignerons quand même ! Parce que ce mot ajoutait de l’authenticité et du prestige à sa qualité d’écrivain.

De nos jours, sont vignerons aussi bien les propriétaires que les ouvriers de la vigne. Quelle différence y a t’il entre le baronne Philippe de Rothschild, propriétaire de Mouton, et la Toinette Guerpillon, ma voisine du Beaujolais ? Aucune. Toutes deux sont d’excellentes vigneronnes.”

 

Source

Terre de vins, Janvier/février 2010