Réflexions sur la France

Digressions, par Bernard Frank

paru dans le journal Le Monde du 17 décembre 1986

 

 

1 • In vino veritas

Au même titre que : “Y a-t-il encore des maîtres à penser dans la salle ? Et si oui, qui sont-ils ? “ ; que : “Mon cher, vous savez aussi bien que moi qu’aujourd’hui les notions de droite et de gauche ne veulent plus dire grand-chose“ ; que “L’engagement, c’est la mort de la vraie littérature“, l’un des plus vieux serpents de mer de la profession, c’est de se demander si l’homme de lettres a deux robes de chambre, l’une qu’il mettrait à la va-vite quand il radote dans les journaux, et l’autre, la belle, qu’il endosserait seulement dans les grandes occasions, quand il officie à l’intérieur de ses propres livres.

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L’huile d’olive nouvelle est arrivée, comme chaque année

« Quand j’étais tout petit, je jouais, puis j’avais faim. Ma mère taillait alors une plate tartine de pain. Elle la saupoudrait de sel, elle l’arrosait d’huile d’olive par un large 8 de la burette penchée : elle me disait : « Mange. » Ce sel, il me suffisait de humer le vent odysséen ; il était là, avec l’odeur de la mer ; ce pain, cette huile, les voilà autour de ces champs de blé vert dessous les oliviers. Ainsi s’est déguisée de longue habitude l’ardente faim de mon cœur. » Jean Giono, Manosque-des-Plateaux

Chaque année, au début du mois de décembre, des jarres de la première huile, en provenance de chaque moulin de la Vallée des Baux, convergent vers Mouriès pour le traditionnel baptême… À partir de ce jour, tous ses habitants et bien des gourmets cherchent les premières gouttes de ce divin nectar.

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“Pourquoi la corrida ? j’ai à faire avec la vie, l’amour, la mort ”

par Francis Marmande

Le Monde, 21 septembre 2012

 

« C’est un dimanche d’été. Nous sommes en 1954. Avec mes parents, nous allons de Bayonne à Saint Sébastien, en Espagne. Une trentaine de kilomètres. Nous assistons à la corrida. Deux phénomènes ce soir-là : un torero téméraire semait l’effroi. Il s’appelait Chicuelo II. Je suis sidéré. C’est peu de dire que je n’en reviens pas. Et puis la pluie. Au quatrième toro, cas rarissime, le déluge interrompt le spectacle. Ce n’est pas un spectacle, c’est une cérémonie, une façon d’être ensemble encore plus agonique, encore plus effusive, d’être ensemble.

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Mal mangé ?

« Si le potage avait été aussi chaud que le vin, le vin aussi vieux que la poularde et la poularde aussi grasse que la maîtresse de maison, cela aurait été presque convenable. »

CURNONSKY (Maurice Edmond SAILLAND dit, 1872-1956)


Belle dégustation qui annonce l’automne…

Merci à Matthieu, éternellement, pour cette belle série. La bouteiile sans étiquette est Raveneau 2003, Chablis Grand Cru, à priori Valmur. Le Château Talbot est un 1955. Très belle bouteille, mais aussi très bel habillage. Monumental  même. Pialade 2005, toujours aussi joyeux. Une sublime expression du riesling avec ce Riesling de Trimbach millésime 1990 Cuvée Frédéric Emile…

 

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Grimod de la Reynière, Balthazar (1758-1837)

Extrait de la « Joyeuse encyclopédie anecdotique de la Gastronomie », Michel Ferracci-Porri & Maryline Paoli, Editions Normant

grimod de la reyniere,gourmet,croix camarguaise,logo« Extravagant pionnier, de la critique littéraire gastronomique. Fils d’un grand bourgeois et d’une aristocrate, rejeté par ses parents à cause d’une terrible infirmité, son éducation est abandonnée aux gens de maisons dans l’hôtel particulier familial situé à l’angle de la rue des Champs Élysées et de la Place Louis XIV (de nos jours place de la Concorde). Devenu adolescent, la famille se débarrasse du rejeton en le plaçant en pension. Dénué d’affection, objet de moqueries et de honte parentale, le jeune Balthazar nourrit un ressentiment grandissant pour ses géniteurs ainsi que pour le milieu privilégié des grands bourgeois.

D’une grande intelligence il n’aura aucun mal à obtenir son diplôme d’avocat et à s’inscrire au barreau.

On lui doit l’« Almanach des Gourmands » qui remporta un immense succès et qui lui valut ad vitam æternam l’inimitié de l’Illustre Carême qui pensait dur comme fer qu’écrire une seule ligne sur l’art de la cuisine était sa chasse gardée. Il faut dire que le fait que Grimaud soit l’ennemi d’enfance de Talleyrand, son diable boiteux de Maître, et que circonstance aggravante il soit le serviteur dévoué de l’archichancelier Cambacéres (celui-ci qui ayant traité Carême à deux reprises «moins bien qu’un sous-palefrenier»), n’était pas de nature à rendre Balthazar sympathique aux yeux du grand cuisinier.

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Le vin et l’amour, par Bernard Pivot de l’Académie du Vin de France

Le vendredi 27 janvier 2012, boulevard Saint-Germain à Paris, dans l’amphithéâtre de la Société Française de Géographie dont je suis membre, une fabuleuse journée sur le thème « Pourquoi aimer le vin ? ». Des intervenants de grande qualité et une belle émotion grâce à Bernard Pivot très en verve.


vin,pivot,amour« La légende veut qu’un légionnaire de César, dont les troupes remontaient la vallée de la Saône, désertât pour les beaux yeux d’une paysanne. On baptisa le village Saint-Amour.

Le saint-amour est l’un des dix crus du Beaujolais. Aucun spécialiste du marketing n’aurait eu l’idée géniale d’associer le vin, la sainteté et l’amour. Le jour de la Saint-Valentin il se boit une quantité phénoménale de ce beaujolpif galant au nom magique. Les Suisses ont un vin de Neuchâtel – chardonnay, pinot noir ou chasselas – qui s’appelle tout simplement valentin. Les amoureux de la Confédération helvétique en consomment beaucoup le 14 février.

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